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Al-Ahram Hebdo - Septembre 2004

Iman Mersal* repr�sentera les jeunes �crivains de la po�sie en prose � la Foire du livre de Francfort. Ce genre po�tique controvers� en Egypte depuis sa naissance dans les ann�es 1990, narratif et d�pouill�, m�le le quotidien aux id�es abstraites. Nous publions des fragments du recueil Al-Machi atoual waqt momken.


Le Seuil

Oui, LE NOUD PAPILLON DU CHEF - comme une fl�che pointant dans deux directions oppos�es - �tait bien fatigu�, et on n'a pas vu les doigts des musiciens. Mais on les a regard�s sortir, l'un apr�s l'autre, et on a su que les po�tes qui �taient arriv�s t�t avaient pris le parti de la fl�te - pourtant sa tristesse est belle et pleine - et qu'ils avaient beaucoup fum� entre deux morceaux. Tout cela ne nous importait pas, nous voulions seulement voir le rideau noir derri�re la sc�ne. On �tait en retard, on a tout juste aper�u les universitaires qui r�cup�raient leurs manteaux.

Non, en fait l'ambiance �tait �touffante, comme si vous �tiez dans une caserne, oblig� de r�p�ter l'hymne national. Sauf que, comme vous le savez, il pleut en g�n�ral dans les films �trangers.

On n'a pas regrett� que le concert soit termin�. Plut�t que de filer le drame vers l'autre rive, on a travers� le pont et on a fait le salut au vendeur de colifichets qui rentrait du mouled d'El-Hussein.

Oui, je les ai perdus au milieu d'un troupeau de chameaux qui sortaient de la Ligue arabe. Quand on s'est retrouv�s, on a donn� quelques cigarettes au soldat en faction devant un immeuble dont il ne conna�t pas le nom. Enfin on est arriv�s au bar du centre-ville, pleins d'humanit� et d'�gratignures �parses.

Il nous a fallu nous asseoir l� quatre ans. On a lu Samir Amin, tent� d'�gyptianiser Henry Miller. Kundera, lui, a chang� nos fa�ons de justifier la trahison.

L� aussi on a re�u une lettre d'un ami qui vit � Paris, il disait qu'il a d�couvert en lui quelqu'un d'autre et qu'il n'arrive pas � s'y habituer, qu'il tra�ne chaque jour sa mis�re sur des trottoirs plus lisses que ceux du tiers-monde et qu'il se d�molit bien mieux. On a pass� des mois � l'envier et � souhaiter qu'ils nous expulsent vers une autre capitale.

On ne s'est pas affol�s quand nos poches se sont vid�es : un des n�tres �tait devenu soufi et apr�s une courte invocation, parole d'honneur, un puits de bi�re a jailli sous nos pieds. On a jou� � tomber dans les pommes, on s'est fait un dictionnaire avec des mots � nous : bocan, nulos, b�toc, chagaille, etc.

On criait, on gueulait, mais personne ne nous comprenait. Quand le plus �g� d'entre nous a propos� qu'on devienne positifs, j'�tais en train de r�fl�chir au moyen de transformer les toilettes publiques en pleuroirs et les grandes places en urinoirs. A ce moment-l�, un intellectuel entre deux �ges a apostroph� son ami : � Quand je parle de d�mocratie, tu la fermes et tu t'�crases �.

On a couru alors une bonne heure, � la rue Moezz on s'�tait un peu calm�s. L�, on a rencontr� un martyr contrari� ; on l'a rassur� : il �tait bien vivant, il pouvait gagner sa cro�te s'il voulait. D'ailleurs, il n'y avait jamais eu de bataille.

Oui, nous allions affermir notre relation � la m�taphysique, si l'un des n�tres n'avait cach� son cr�ne sous un chapeau de luxe. On nous prenait pour des touristes, au point qu'un vendeur d'�pices se mit � nous suivre en r�p�tant : � Stop sioupla�t, Wait sioupla�t �.

Il ne nous restait plus que le cimeti�re de l'Imam. On s'est assis l�, une autre ann�e, � humer l'odeur de la goyave. Quand j'ai d�cid� de les quitter, tous, de marcher seule, j'avais trente ans l

Traduction de Richard Jacquemond

Ce texte est paru dans le dossier Litt�rature d'Egypte(s) de la revue La Pens�e de midi (printemps 2004, Actes Sud/La Pens�e de midi).


Pour passer d'une chambre � l'autre

Cerner une tribu de fourmilles

Observer leur ahurissement

Quand l'eau coule

D'un ciel sous forme de bouilloire en �bullition

Enterrer un cafard qui tente de dresser la t�te

En direction du monde

L'araign�e des murs

Se transforme en boules noires

Pareilles � ma conception de mes poumons

Apr�s des ann�es prosp�res de tabagisme.

En exp�rimentant de nouvelles m�thodes d'extermination

D�bute le week-end

En mettant fin au destin de centaines de cr�atures

L'unique �tre vivant de la maison d�couvre sa volont�

Et ferme la fen�tre.

La dame maigre est morte

A la maison, ses pas �taient bruyants

Toujours forc� de se cramponner � ses meubles en bois

Pour passer d'une chambre � l'autre

En vous attendant

Sa respiration transper�ait les murs.

A pr�sent, votre cuisine ne doit �tre que vestige

Un rat confiant

Vient probablement de passer devant vous.

Je peux tout deviner

Maintenant, vous �tes assis au coin

Sans les odeurs famili�res de ses repas quotidiens

Dans un instant, vous poserez votre t�te

L� o� vous ne l'avez jamais pr�vu

Sur vos genoux.

Croyez-vous qu'il existe un rapport entre la s�r�nit�

Et la blancheur croissante des pieds ?

C'est bien

De contempler � nouveau les photos d'enfance

�a pourrait chasser mon obsession

Que je fus une esquisse attachante

D'une autre personne

Alt�r�e par mes paris r�ussis.

Ce ne sont pas des oranges mon amour

Comme pla�t aux quotidiens

D'appeler le courroux divin

Ravageant les maisons

Pluie torrentielle

Ceux qui n'ont pas exp�riment� la mort

Affirment que quelqu'un nous a quitt�s avec son corps,

Alors que son �me plane encore

Parmi nous.

Pour que le soupir de regret

Ne se laisse �chapper

De ma gorge avec les lettres,

�a me convenait de me d�signer par la troisi�me personne

Je disais : apr�s que l'homme passe par une exp�rience rat�e .

Les paroles prolif�rent dans toutes les directions

Ne d�signant personne

J'ai dissimul� mes sens sous de la cire noire

Et oubli� de pr�server un moyen de l'enlever plus tard

Sans que tout ce sang n'afflue

Tu me pr�sentes un panier d'oranges

Avec le sourire d'un marin venant d'arriver au port

Je te rappelle que je les d�teste.

- Ce ne sont pas des oranges mon amour.

Je r�fl�chis que le monde est fini

Et que nos dents ne sont plus capables de m�cher ces mati�res dures

Nous entreprenons de les utiliser comme substitut � la boule de billard

Les d�combres cosmiques

Pourraient servir � fabriquer une table polie,

Un b�ton,

Et six ab�mes profonds

S�par�s par des distances similaires l

Une visite

Celui qui se tient derri�re la porte

Doit l'ouvrir promptement

Avant que celle qui se trouve devant

Ne se demande

Quel dessein insens�

L'a conduit jusqu'ici

Mais le temps s'�clipse normalement

Une fois le seuil franchi

Les yeux ouverts, vers la catastrophe, nous avan�ons

Sans confusion

Avec la seule force de l'appr�hension

Nous cueillons l'�pine qui tourmente nos fr�res

Confiant en la traduction des romans

Et la disponibilit�

Des justifications esth�tiques de la trahison.

Nous m�nagerons un hasard en toute s�curit�

Nous nous persuaderons

Que nos habits ont gliss� sous l'effet d'un vent

Myst�rieux

Que les organes sont un essai

De r�aliser un vieux d�sir de communication

Nous m�nagerons un hasard

En assurant que la souffrance morale

Est la cr�ation de ceux qui savent se ma�triser

Nous n'allons pas c�l�brer

Le soulagement envahissant les assassins

En s'introduisant dans le lieu du crime

Sans �tre oblig� de saluer quelqu'un.

- Je vous donnerai ce que l'�pouse fut incapable de d�couvrir

- Je ne vous accorderai pas

Ce que je n'ai pas r�ussi � le lui offrir.


Traduction de Cam�lia Sobhi



*Iman Mersal

N�e en 1966 dans un village du nord-est du Delta, elle �tudie l'arabe jusqu'en licence � l'Universit� de Mansoura, o� elle fait �galement ses d�buts po�tiques. Elle s'installe ensuite au Caire pour poursuivre ses �tudes et se lie avec les jeunes po�tes qui formeront vers 1994 le groupe Al-Garad (Les Sauterelles). Elle vit au Canada

 

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